Voici le texte d’intro de la brochure:

Ces histoires qui vont vous être contées surgissent du bout des rues, d’un coin d’métro ou de tramway. Histoires d’entraides, de pas de côtés, de sabotages, d’insoumissions individuelles. Histoires de rencontres éphémères entre deux rouages écrasants, de petits éclairs surprenants de complicités brèves entre humains non encore complètement domestiqués.

 

Si on a eu envie de les récolter et de les partager, c’est moins pour mettre du baume sur une réalité navrante ou pour se satisfaire de petits actes de débrouille auxquels nous pousse un monde asphyxiant, que par simple plaisir. Plaisir de voir qu’on en est pas encore à être toutes et tous écrasé-e-s et en train d’écraser les autres, à se serrer la ceinture et celle du voisin, à jouer les citoyens-flics, les contrôleurs-ses, à confondre son taf et le sens de sa vie, à se satisfaire et jouir du moindre petit pouvoir que ce monde nous concède, pendant que la ville se consolide en une gigantesque prison à ciel ouvert…

Au cœur de la sinistrose ambiante et en dehors des moments de joie où les révoltes peuvent prendre forme d’actes, la nécropole urbaine semble parfois n’offrir à nos regards que les teintes décourageantes de la résignation…

 

Alors l’idée modeste de cette brochure est de prolonger l’existence de gestes qui égratignent les rideaux lourds de la grisaille; sans oublier que des révoltes grondent chaque jour et que le pouvoir cherche à les étouffer des ses arsenaux préventifs et répressifs.

Peut-être que loin de s’en satisfaire, refuser de subir quotidiennement ce qui nous brime et nous oppresse, glisser son petit pavé dans les rouages de son boulot et refuser d’être collabo, sont de petites insoumissions qui peuvent commencer à grincer si leur pratique se multiplie et se diffuse…

 

Ce premier recueil de textes est aussi une invitation à de nouvelles contributions ; Alors, à vos stylos et vos claviers, que vous soyez acteurs, actrices ou bien témoins, et écrivez si le cœur vous en dit à histoirescomplices@riseup.net.

 

En souhaitant que, non seulement ces moments prolifèrent, mais que leurs récits prennent place dans les rues, affichées sur les grilles d’un supermarché, au dos des sièges du métro ou sur les tables d’un train-train…

 

ci dessous le lien pour télécharger les pdf de la brochure:

brochurehistoirescomplices

Ni droits, ni devoirs! A imprimer, photoco-piller et laisser traîner ou bon vous semble…

C’est l’histoire d’un bus bloqué dans les embouteillages. A son bord, un chauffeur et cinq passagers (dont trois flics qui viennent de monter). Les trois uniformes profitent de la promenade motorisée dans la cité pour continuer leur charmant métier. Une patrouille dans la chaleur d’un bus, en plein hiver, ça ne se refuse pas.

Au coeur du bouchon, et comme toujours à l’affût, ils sortent leur calepin pour noter, de derrière la vitre, la plaque d’immatriculation d’un conducteur à verbaliser… Mais ce dernier capte la situation et ne souhaite pas se laisser faire sans réagir.  Il sort de son véhicule et, histoire de ne pas prendre une amende pour rien, se dirige vers la vitre du bus, frappe plusieurs coups aux carreaux et insulte allègrement les policiers, enfermés dans l’aquarium roulant. Ceux-ci, quelque peu énervés de cette arrogance inattendue, et souhaitant faire revenir force et autorité à la loi s’excitent sur le bouton d’ouverture des portes pour descendre. Ils interpellent le chauffeur:

-Bon, vous nous ouvrez?!

Ce à quoi il répond, en ayant capté l’enjeu de la situation:

-Désolé mais l’ouverture des portes ne se fait qu’aux arrêts…

La tension monte et les deux autres passagers échangent quelques sourires, amusés de voir ces garants de la loi, pris au piège de leur propre jeu et pour une fois enfermés sans les clés… contraints de voir filer sous leur nez la proie ayant osé les défier.

Un peu plus loin, le conducteur s’arrête à l’arrêt et ouvre les portes aux policiers ridiculisés. Il ajoute en jetant un petit regard amusé dans le rétroviseur:

-Maintenant vous pouvez descendre…

-Ça ne sert plus rien, on descendra au terminus!

Plus tard, on apprendra que ce jour ci, une vaste opération de collaboration entre la police et le réseau de transport (avec au total 300 agents réunis) avait permis le contrôle de plus de 12 000 personnes, la verbalisation d’un millier d’entre elles et l’arrestation d’une trentaine…

Était-ce une façon d’exprimer son avis sur ce genre de collaboration? En tout cas, un jour comme celui là sa position semblait clair, et son geste aura sans doute été utile à quelqu’un, ce qui ne gâche rien…

S’il peut donner des idées… !

 

Parmi la horde de tou-te-s ces infâmes contrôleurs-ses qui souvent même avec fierté et un endossement gerbant d’une bien médiocre autorité chassent le pauvre, le fraudeur, le sans papier entre les wagons des trains-trains, il m’est arrivé un beau jour de croiser un bien étrange spécimen.

Un uniforme gris comme les autres au centre duquel se dessinait un sourire inhabituel : pas celui qui se transforme en jaunisse ou en grimace lorsqu’on ne lui montre pas patte payée.

L’urluberlu qui ne fit pas j’en suis certain longue carrière dans ce boulot, passait de voitures en voitures à la vitesse de celui qu’y a autre chose à faire en chantant presque sa question : « Abonnement ? … Abonnement ? … Abonnement ? »…

Et sans attendre aucune réponse, poursuivait sa démonstration que son taf n’était qu’un gagne-pain dont il n’allait certainement pas se faire un devoir…

Une belle revanche pour des croûtes de pain …

C’était au temps où chaque été je partais en camp lutin (la section des mouvements de jeunesse pour les filles de 6 à 12 ans). C’était comme à la loterie, parfois tu tombais bien, parfois tu tombais mal, très mal. Les  « chefs » – et ouaip, c’est comme ça qu’on les appelait, les grands qui nous « animaient » (des jeunes entre 17 et 25 ans) –  étaient suivant les cas, une bande de bons copains, de bonnes copines avec qui il y avait franchement moyen de s’amuser et de se lier d’amitié. Parfois, c’était pas trop ça.  Ce dont je me souviens, comme une constante, c’est qu’il  y avait vraiment des trucs louches autour de la bouffe ; faut croire qu’ils avaient besoin d’assoir leur autorité en particulier sur ce truc là…

Déjà en arrivant, on devait vider notre sac pour leur montrer qu’on leur avait bien donné tous nos bonbons, histoire de les communiser. On trouvait ça vraiment zarbi, d’autant qu’on avait pas vraiment besoin d’eux pour les partager. En les espionnant le soir, on a vite compris que c’était surtout  eux qui les bouffaient. Nous on avait juste droit à un bonbon par jour, et encore, quand ils oubliaient pas. Du coup, on nous l’a pas fait deux fois ce coup là : au camp suivant, quelques unes d’entre nous avaient deux sachets de bonbons, l’officiel et … le clandestin. Ce dernier trouvait toujours des endroits saugrenus où se cacher : les faux plafonds, derrière la frigolite ; les gouttières (ce qui nous a valu un bon gros nid de guêpes. Mais on était unanime, on préférait encore donner nos bonbons aux guêpes, qu’aux chefs !)…

Mais c’est pas vraiment de cette histoire là que je voulais parler.

Je me souviens, j’avais 10 ans, j’étais donc parmi les plus grandes. Un soir ils nous avaient préparé des croque monsieur. Je sais pas comment vous faites vous, pour préparer les croques monsieur, moi j’enlève les croutes. Ça passe nettement mieux comme ça. Et bien pas eux ! Et ils ont exigés qu’on mange nos croûtes, les salauds ! Moi, je pense que je me suis exécutée sans trop de difficultés, en arrivant aussi à glisser l’un ou l’autre morceau dans mes poches. Certaines ont eu plus de mal, dont S. un bonne copine à moi (la sœur d’une amie lutin, la cousine d’une autre lutin, la cousine de la cousine d’une autre amie lutin, la copine de ma sœur aussi lutin, etc etc). Et on devait toutes la regarder manger ses croûtes ; elle ne pouvait évidemment pas quitter la table avant d’avoir ingurgité sa corvée, assise sur une table au milieu de la pièce où les autres tables, autour des quelles nous étions toutes, étaient disposées en U. ça a commencé à discuter fermement du côté des copines, cousines, sœurs, cousines de cousines, cousines de copines, etc etc. On a commencé à leur dire que c’était déguelasse, que c’était des nazis, qu’on le dirait à nos parents … Si bien qu’ils ont compris qu’un vent mauvais se levait ; ils ont décidé de changer de tactique.

« Allez, tout le monde met ses chaussures, c’est parti pour un cross nocturne ! » Si je me souviens bien, les plus petites, qui étaient déjà en larmes pour la plupart, ont pu aller se coucher directement sans passer par la case cross. En fait, elles étaient toutes à la fenêtre du dortoir qui était à l’étage en train de regarder ce qui se tramait dehors. De plus en plus en larmes. Je me souviens de ma petite sœur qui m’appelait à travers la vitre en pleurant ; je lisais sur ses lèvres sans l’entendre. Moi, j’étais trop vénère.  « non, j’suis pas fatiguée », « non, je mangerai ces saletés de croûtes de croque monsieur »  Et surtout, je ne pleurerai pas ! ça certainement pas !… ça a duré une éternité. Mais on était quand même bien soudées ; on s’encourageait l’une l’autre.

Tout ça pour des croûtes de pain, franchement encore aujourd’hui, j’ai jamais compris l’enjeu.

Finalement, on les a pas mangé ces croûtes. He He. On a rangé les assiettes, vidé les croûtes dans la poubelle. Je dis « on », les « récalcitrantes » évidemment : celles qui n’avaient pas laissé paraitre quoi que ce soit. Mais pour nous, la soirée n’était pas terminée. On a tenu un conciliabule à quelques unes pour préparer notre revanche…

Chacune avait un rôle bien précis ; ça allait se passer une ou deux nuits plus tard. Déjà, on devait rester éveiller jusqu’à ce que tous les chefs soient au lit et endormis. On était tellement excitées que ce ne fut pas bien compliqué. Deux copines faisaient le gué, pour nous alerter si l’un des chefs se réveillait ; deux étaient censées faire diversion en cas de réveil de ce genre, ou s’occuper des plus petites qui étaient aussi plutôt du genre à se réveiller la nuit  (ce qui arrivaient encore souvent, mais pas ce soir là ! ha ha). Les deux dernières devaient descendre les escaliers en bois sans faire grincer les marches ; aller jusqu’à la cuisine sans allumer la lumière (et le noir, ça fou quand même un peu la trouille) ; enlever toutes les étiquettes des boites de conserves et mélanger les boites, de telle manière que plus personne ne puisse s’y retrouver. On se l’est pas dit à l’époque, mais on les a attaqué sur leur terrain : la bouffe !

Le plan s’est déroulé sans encombre. La seule chose qu’on avait pas du tout prévue, c’était l’interrogatoire du lendemain. « Qui a fait cette connerie ? On veut un nom ! Si personne se dénonce, tout le monde sera puni ». Les plus petites, les pauvres, devaient de nouveau ravaler leurs larmes. Personne n’a moufeté, et pourtant ça a duré longtemps. Et j’ai plus aucun souvenir de la fameuse punition, qui a certainement dû tomber. Comme quoi, la vertu de la sanction, n’y croient que ceux qui l’infligent.

Embouteillages, klaxons et passants pressés…fin de journée dans la capitale.

Les personnes s’ammassent à l’abribus du terminus dans l’attente du prochain convoi, qui tarde à arriver. Le voilà qui vient! On s’engouffre dans les portes qui s’ouvrent et chacun prend sa place.

A l’arrêt suivant, deux femmes montent par la porte de l’arrière. Une mère et sa fille. Un dialogue débute entre elles.

-Mais où sont les machines pour composter les tickets?

-C’est bon maman, c’est pas grave, on s’en fout.

La mère reprend de plus belle et élève cette fois un peu la voix:

-Je veux poinçonner, quelqu’un pourrait-il m’aider?

Je m’autorise une petite intervention:

-Vous savez, madame, avec le nombre qu’on est dans ce bus, on ne risque pas vraiment d’être contrôlés…Votre ticket, vous pouvez le garder.

Elle lance une question en l’air:

-Mais… vous avez bien tous un ticket j’imagine…?

Les réponses fusent alors tout autour d’elle:

-Ben non, pas moi…

-Moi non plus!

La dizaine de personnes qui l’entourent lui répondent la même chose, une à une. Les sourires et les regards complices naissent à chaque nouvelle personne qui assume publiquement sa fraude.

La femme demande, interloquée mais avec un petit ton presque amusé de la situation: -Je ne suis quand même pas la seule cruche à payer mon ticket dans ce bus?…

Un long silence lourd de sens suit cette question et les sourires malicieux s’échangent de siège en siège.

Elle demande à une vielle dame un peu plus loin:

-Et vous madame, vous avez un titre de transport?

Sa fille réagit et la coupe directement:

-Non mais oh, maman, tu vas pas commencer à faire ta contrôleuse non plus!

-Je ne suis pas une contrôleuse, je veux juste être honnête…

Elle poursuit tout de même et lance autour d’elle, mais sans vraiment y croire, un:

-Et… vous n’avez pas honte?…

Ce à quoi, une femme, acompagnée d’une poussette et de ses trois enfants, lui répond un peu sèchement:

-C’est vous qui devriez avoir honte de leur donner de l’argent!

Quelques rires contenus fusent devant ce renversement de situation inattendu mais bien approprié. A l’arrêt suivant, une floppée de nouvelles personnes viennent remplir les quelques espaces vides. Mais, de nouveau, aucun “bip” ne se fait entendre à l’horizon, la machine reste tragiquement muette.

Ce court voyage en bus bondé aura eu le mérite de me donner une petite bouffée d’air frais dans l’athmosphère étouffante de traque aux fraudeurs, voleurs et autres mauvais payeurs, isolés, culpabilisés et écrasés, un à un.

Le gars, il aime bien siffler, tout le temps, partout. Il fait plein de sons de fou. Dans l’usine où il travaille, il y a une sorte de grosse grue à roulette qui passe et repasse toute la journée.

Il a réussi à bloquer l’usine une journée juste en sifflant un son qui donne l’impression que la machine déconne. Il se marre dans sa tête, s’arrête de siffler quand, pour comprendre l’anomalie, le chauffeur arrête la machine, et reprend quand l’engin redémarre. Deux-trois gars de l’usine vont inspecter la machine après quoi ils décident de tout arrêter et de faire venir la société de réparation. Elle ne pourra venir que le lendemain…

Les flics me cherchent. Peu importe ce que j’avais fait, les raisons pour lesquelles on peut se retrouver dans cette situation sont de plus en plus nombreuses. Ils ont déjà chopé un pote.

Une voiture en civil avec un gyro sur le tableau de bord me rattrape. Un grand mec en sort et me hurle dessus pour que je m’approche de lui. Vu qu’il est seul et qu’il ne peut pas abandonner sa voiture, j’arrive à m’encourir.

Le temps qu’il ramène ses collègues, je suis déjà un peu plus loin mais les flics ne lâchent pas l’affaire. La voiture de keuf passe, et moi je m’abaisse derrière une autre voiture garée. Près de là, quelques personnes discutent. Ils m’ont vu courir puis me cacher. Ils ont compris et me font signe de rester un instant. D’autres personnes qui m’ont vu courir dans une autre rue viennent voir et m’indiquent par où les flics sont passés. Soudain, une femme à sa fenêtre nous crie: “ils reviennent”. Je me rabaisse. La voiture passe lentement près de nous pour finalement repartir. On me dit que c’est bon et je m’en vais, content de ne pas avoir été seul dans un moment un peu speed.

Une étudiante travaille dans un Colruyt, chaîne de supermarché belge.

Dans un premier temps, quand elle se trouve aux caisses, elle file la main à ses copines- copains, et passe des articles sans les scanner.

Petit à petit elle se prend au jeu, et se dit que ce qu’elle peut faire pour ses potes, elle peut bien le faire pour tous les autres qui galèrent à payer.

Alors zou, elle passe une boîte de lait et oublie la multiplication par douze, ferme les yeux sur les articles au fond du carton, et pratique la libre circulation d’un caddie à l’autre… (le système Colruyt fonctionne sans tapis roulant, c’est le magazinier qui passe les produits d’un caddie à l’autre)

Comme dans toutes les grandes surfaces, et en général, dans de nombreux secteurs du monde du travail, des moyens de contrôle et de surveillance toujours plus importants sont déployés envers les employés…

Voilà qu’un jour, un faux client se glisse dans la file et constate que la lampe témoin (qui signale le bon scanning des marchandises) ne s’allume pas toujours lorsque les articles glissent dans le caddie…

L’étudiante se fait choper. Sa condamnation : interdite de taf dans la chaîne de supermarché et une amende de 75euros.

Au vu du nombre de produits sortis gratuitement, du peu d’intérêt que représente le travail de caissièr(e), et sans doute du nombre de clins d’yeux échangés, on pourrait vraiment se dire qu’à prendre un peu la liberté de court-circuiter autant que possible le monde marchand, il y a plus à gagner qu’à perdre…

 

C’est le soir il fait nuit, je vais prendre le métro, je suis loin de mon
quartier, on est à Toulouse.
Merde ya un vigil, ils sont pas toujours là, font chier ces larbins. C’est tard,
personne prend le trom, pas moyen de passer en se dissimulant au milieu des
gens. Je ressors en réfléchissant comment faire et en traînant des pieds.
Puis je vois une autre personne que j’avais croisée en entrant qui poirote là. Je
lui demande s’il est bloqué par le vigil et je suis tout content d’apprendre qu’il
est dans la même situation que moi, les fraudeurs anonymes.
Je redescends voir ce que fait l’autre chien de garde, il marche au téléphone
portable. Je remonte vite voir mon compa de galère et lui propose de tenter de
passer dans son dos.
On se poste pas loin dans les escaliers, on le regarde….il se retourne, feu ! On
saute les barrières et on court aux escaliers, ça l’fait, on se marre.

Frauder en solo c’est la routine mais frauder avec une personne inconnue, c’est
excitant, ça donne la pêche !

Je l’ai rencontrée sous la lumière blafarde de néons maladifs mais elle rayonnait…elle souriait, le vent soufflait dans nos cheveux, nous palabrions à l’aube d’une belle rencontre, le soleil plutôt sur l’ coeur que dans le ciel, la vie légère hors des…

DzHiiyvSptRetrrjkllptAaaaaAaArgh!!!!!!Disque arraché gros dérapage l’aiguille réèlle griffe le mielleux de nos échanges et AIE : Comme un glaçon le long du dos, le long des mots glisse un silence terrifiant, et la masse d’air qui nous sépare se cambre comme douloureusement suspendue: …

L. travaille au FOREM.

Force Organistique de Remise à l’Etat des Mendiants.

Galère sordide.

« Adieu Minette, nous n’étions pas du même camp »

Pas du même côté du champ d’coton…

Etait ce croyable… elle était de celleux qui tiennent le fouet tout en hurlant “travaille ou crève” pour oublier sa propre mort déjà flottante !…

En un instant je revécu les convocations, les séances de dressage où de jeunes employé(e)s dynamiques sans scrupules vomissaient leurs injures sans conscience face à des vies brisées par de longues années d’exploitations, et qui se retrouvaient là, sur le banc de l’école, à recevoir des leçons d’obéissance au marché des esclaves… Je ressenti ma rage et ma honte d’être parmi eux et de ne pas avoir brûlé, tout de suite, cet ignoble antichambre des camps de concentration.

D’un hochement de tête elle repoussa le nuage noir qui s’était formé entre nous. Sans doute perçu t’elle le trouble où je plongeais et elle me dit:

“Je déteste ce travail. Je m’organise pour ne jamais organiser ces réunions morbides.”

-“Mais comment fais tu pour faire ce boulot tous les jours?” (dis-je,..encore quelque peu incrédule)

“Je sabote quand je peux de l’intérieur. Par exemple, lors des contrôles de “recherche active d’emploi”, je mets des « P » (comme Présent) dans les petites cases même quand la personne ne vient pas.”

« Aux autres je dis qu’ils ne sont pas obligés de bosser, surtout quand il n’y a pas d’boulot . Je leur explique comment gruger, comment éviter les contrôles.»

« Lorsque certains (ces larves immondes (note de l’auteur)) viennent dénoncer leurs voisins parce qu’il touchent trop d’allocations ; ou que ou que, je les renvoie avec colère »

Avais-je un peu précipité notre rencontre dans le fossé du champ de bataille ?

Comment s’y attendre ?

Sans doute est-ce rare et mérite d’être clamé..

SABOTAGE partout où nous sommes !

A refuser le joug d’esclave tout comme celui de contremaitre ça va les mettre bien dans la merde les contrôleurs en chef….

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