Un sabot dans l’boulot


Parmi la horde de tou-te-s ces infâmes contrôleurs-ses qui souvent même avec fierté et un endossement gerbant d’une bien médiocre autorité chassent le pauvre, le fraudeur, le sans papier entre les wagons des trains-trains, il m’est arrivé un beau jour de croiser un bien étrange spécimen.

Un uniforme gris comme les autres au centre duquel se dessinait un sourire inhabituel : pas celui qui se transforme en jaunisse ou en grimace lorsqu’on ne lui montre pas patte payée.

L’urluberlu qui ne fit pas j’en suis certain longue carrière dans ce boulot, passait de voitures en voitures à la vitesse de celui qu’y a autre chose à faire en chantant presque sa question : « Abonnement ? … Abonnement ? … Abonnement ? »…

Et sans attendre aucune réponse, poursuivait sa démonstration que son taf n’était qu’un gagne-pain dont il n’allait certainement pas se faire un devoir…

Le gars, il aime bien siffler, tout le temps, partout. Il fait plein de sons de fou. Dans l’usine où il travaille, il y a une sorte de grosse grue à roulette qui passe et repasse toute la journée.

Il a réussi à bloquer l’usine une journée juste en sifflant un son qui donne l’impression que la machine déconne. Il se marre dans sa tête, s’arrête de siffler quand, pour comprendre l’anomalie, le chauffeur arrête la machine, et reprend quand l’engin redémarre. Deux-trois gars de l’usine vont inspecter la machine après quoi ils décident de tout arrêter et de faire venir la société de réparation. Elle ne pourra venir que le lendemain…

Une étudiante travaille dans un Colruyt, chaîne de supermarché belge.

Dans un premier temps, quand elle se trouve aux caisses, elle file la main à ses copines- copains, et passe des articles sans les scanner.

Petit à petit elle se prend au jeu, et se dit que ce qu’elle peut faire pour ses potes, elle peut bien le faire pour tous les autres qui galèrent à payer.

Alors zou, elle passe une boîte de lait et oublie la multiplication par douze, ferme les yeux sur les articles au fond du carton, et pratique la libre circulation d’un caddie à l’autre… (le système Colruyt fonctionne sans tapis roulant, c’est le magazinier qui passe les produits d’un caddie à l’autre)

Comme dans toutes les grandes surfaces, et en général, dans de nombreux secteurs du monde du travail, des moyens de contrôle et de surveillance toujours plus importants sont déployés envers les employés…

Voilà qu’un jour, un faux client se glisse dans la file et constate que la lampe témoin (qui signale le bon scanning des marchandises) ne s’allume pas toujours lorsque les articles glissent dans le caddie…

L’étudiante se fait choper. Sa condamnation : interdite de taf dans la chaîne de supermarché et une amende de 75euros.

Au vu du nombre de produits sortis gratuitement, du peu d’intérêt que représente le travail de caissièr(e), et sans doute du nombre de clins d’yeux échangés, on pourrait vraiment se dire qu’à prendre un peu la liberté de court-circuiter autant que possible le monde marchand, il y a plus à gagner qu’à perdre…

 

Je l’ai rencontrée sous la lumière blafarde de néons maladifs mais elle rayonnait…elle souriait, le vent soufflait dans nos cheveux, nous palabrions à l’aube d’une belle rencontre, le soleil plutôt sur l’ coeur que dans le ciel, la vie légère hors des…

DzHiiyvSptRetrrjkllptAaaaaAaArgh!!!!!!Disque arraché gros dérapage l’aiguille réèlle griffe le mielleux de nos échanges et AIE : Comme un glaçon le long du dos, le long des mots glisse un silence terrifiant, et la masse d’air qui nous sépare se cambre comme douloureusement suspendue: …

L. travaille au FOREM.

Force Organistique de Remise à l’Etat des Mendiants.

Galère sordide.

« Adieu Minette, nous n’étions pas du même camp »

Pas du même côté du champ d’coton…

Etait ce croyable… elle était de celleux qui tiennent le fouet tout en hurlant “travaille ou crève” pour oublier sa propre mort déjà flottante !…

En un instant je revécu les convocations, les séances de dressage où de jeunes employé(e)s dynamiques sans scrupules vomissaient leurs injures sans conscience face à des vies brisées par de longues années d’exploitations, et qui se retrouvaient là, sur le banc de l’école, à recevoir des leçons d’obéissance au marché des esclaves… Je ressenti ma rage et ma honte d’être parmi eux et de ne pas avoir brûlé, tout de suite, cet ignoble antichambre des camps de concentration.

D’un hochement de tête elle repoussa le nuage noir qui s’était formé entre nous. Sans doute perçu t’elle le trouble où je plongeais et elle me dit:

“Je déteste ce travail. Je m’organise pour ne jamais organiser ces réunions morbides.”

-“Mais comment fais tu pour faire ce boulot tous les jours?” (dis-je,..encore quelque peu incrédule)

“Je sabote quand je peux de l’intérieur. Par exemple, lors des contrôles de “recherche active d’emploi”, je mets des « P » (comme Présent) dans les petites cases même quand la personne ne vient pas.”

« Aux autres je dis qu’ils ne sont pas obligés de bosser, surtout quand il n’y a pas d’boulot . Je leur explique comment gruger, comment éviter les contrôles.»

« Lorsque certains (ces larves immondes (note de l’auteur)) viennent dénoncer leurs voisins parce qu’il touchent trop d’allocations ; ou que ou que, je les renvoie avec colère »

Avais-je un peu précipité notre rencontre dans le fossé du champ de bataille ?

Comment s’y attendre ?

Sans doute est-ce rare et mérite d’être clamé..

SABOTAGE partout où nous sommes !

A refuser le joug d’esclave tout comme celui de contremaitre ça va les mettre bien dans la merde les contrôleurs en chef….

« Faut pas payer ! » annonce la programmation. Une pièce de théâtre qui porte ce nom, ça sonne comme une invitation… Surtout quand on sait qu’elle parle d’histoires réelles, vécues. De ces pratiques d’auto-réductions dans les années 1970 en Italie ou l’on se servait abondamment et collectivement sans se soucier de régler la note.

Léger faux pas pour ce théâtre bourgeois que de porter de telles affirmations ou bien est-ce de nouveau cette frontière dont ils se jouent et qui délimite si fortement le spectacle du réel ?

En tout cas, la curiosité invite à y faire un tour.

Nous voilà partis avec une amie en direction de ce théâtre dont nous ne connaissions pas même le nom.

Arrivés à destination, on est quelque peu interloqués par le ballet des navettes floquées du logo de la salle et qui déverse ses costard-cravates et autres tailleurs-à-talons venus s’encanailler à voir une pièce « engagée ».

Hé oui, qui dit quartier populaire dit forcément insécurité pour les porte-monnaies bien garnis (si seulement c’était vrai…) et on ne va pas faire prendre le risque au public chouchouté de se faire rayer leurs belles BMW. Ces navettes acheminent donc le public depuis les parkings surveillés du quartier.

Le décor est posé, et nous, on y fait un peu tâche…Mais bon, maintenant qu’on est là.

On se place dans la file pour entrer, armés de deux bouts de papier vite fait griffonnés pour l’occasion avec comme seule inscription « Faut pas payer… héhé ! ». L’employé à l’entrée déchire les tickets à 15€ qui nous précèdent et notre tour arrive.

On lui présente nos « auto-invitations ». Il les lit à voix haute et lève les yeux, interrogé.

– « Ben oui, faut pas payer ! » qu’on lui dit.

Il nous demande : « Un des chefs est au courant ?… »

-Ben non, pourquoi donc ?

A ce moment, ses lèvres se plissent et son regard vire malice.

-Ça…j’aime bien, moi ! Et bien allez-y, entrez et mettez vous à ces places, sur le côté.

Il nous montre du doigt, deux fauteuils vides dans la salle.

-Merci bien.

-Bon spectacle.

 

La salle est bien remplie et la pièce va commencer. L’ employé vient en notre direction et nous lance, au milieu des bourgeois entassés :

-Vous m’aviez demandé à avoir une meilleure place je crois…Si vous voulez bien me suivre.

Agréablement surpris de cette insolence jetée à la gueule de nos voisins proprets et honnêtes, on se lève pour l’accompagner.

-Voici deux fauteuils bien mieux placés… et passez une bonne soirée !

Un dernier regard complice et la lumière s’éteint pour laisser place au spectacle.

 

Pour une fois, le propos de ce spectacle aura trouvé un écho, même de façon très limitée, dans le pied-de-nez de cet employé à son rôle établi.

 

Coincés, pressés dans les couloirs morbides, les clients de la STIB courent puis s’écrasent contre les nouvelles portes électriques.

Mmmmh, le métro bruxellois…petit laboratoire élaboré du contrôle qui trace comme la fumée des avions dans le ciel, nos gestes et nos trajets… qui place ses oeilletons voyeuristes et ses agents multiples pour traquer les fumeurs, les fraudeurs, les mendiants et faciliter les rafles de sans-papiers

Pour entrer dans la danse sans financer cette merde, je m’approche doucement d’une dame qui sort sa petite carte moucharde et m’apprête à passer avec elle.

C’est bondé. Une vieille femme grogne dans le sas à poussettes: la deuxième porte ne s’ouvre pas. Elle est coincée et c’est des plus désagréable.

Soudain, comme une foudre passe un homme qui rapide et discret, pose une main à côté de l’armée des portiques… et tout s’ouvre…

Etonnement général. Les regards se rencontrent, incrédules, puis le bouchon explose, laissant jaillir la foule qui s’engouffre entre les portes béantes, vers les rames du métro. D’aucun consciencieusement feront malgré tout biper les affreuses bornes.

Je m’élance à la poursuite de l’éphémère libérateur pour lui demander quoi comment qu’est-ce.

Pressé et quelque peu embarrassé il tourne cependant les talons pour m’expliquer et me dévoiler son astuce. Il me montre un petit boitier contenant un gros bouton vert.

– J’ai travaillé pour eux. J’en fais profiter les autres quand je suis pressé.

– Merci

La dame coincée dans le sas étouffant en fut ravie et soulagée.

Ce jour là, pas d’alarme. Depuis, quand il n’y a pas de bonshommes rouges trop zélés, moi aussi je diffuse la technique, même si ça sonne un peu, je me glisse dans la foule et fuuit!

Pour ceux qui ont encore une certaine conscience de classe,
qui aiment rendre service au gens, et non saigner le contribuable,

Ceux qui refusent de couper l'électricité, ou ferment les yeux sur
un compteur bloqué, ou ne coupent que symboliquement en expliquant bien
comment remettre, fournissant même parfois des plombs de rechange,


Ou encore ceux qui, un jour où nous organisions un grand festival
anarcho-punk en pleine campagne, étaient passés dans l'aprem, avaient
constaté qu'ils ne pouvaient pas brancher, qu'il manquait des
éléments, et qui, en échange d'une bière, sont repassés après leur
journée de travail, avec du matos récupéré à gauche à droite, pour
nous sauver la mise !
Travail de merde
Dans la boulangerie où je bosse, on sabote du pain avec les vendeuses.
Y a 6 caméras de surveillance mais on connaît les angles morts. On fait
des grosses formes dégueulasses et on se marre bien.
On fait en sorte que ça coûte un max de tune au patron. Voilà.

Les photos des oeuvres: www.perruk.tumblr.com

“hippopotame irradié”

12 kg de pâte à pain surgelé


	

			
			
	
	

On pue la sueur, le vent et la boue, on a les cheveux en bataille, nos sacs, tentes et paquets sont ficelés tant bien que mal sur des roulettes, nous venons de quitter à regrets de belles personnes dans une chouette Zone d’autonomie à défendre.

Mais un homme (pressé ?) nous attend quelque part, je me résous une dernière fois à nous embarquer dans un train qui va vite. Entre deux wagons, un sauvageon s’apprend à lire en déchiffrant des dessins de propagande contre l’aéroport et son monde, un autre bricole un bâton taillé et des ficelles… J’informe un contrôleur qui passe que je n’ai pas de billet pour la petite horde que nous sommes et que je n’ai pas non plus un sou en poche (ni en banque). « Une amende, c’est des dizaines d’euros à multiplier par le nombre de personnes sans billet, dans votre cas pas loin de 150 euros » explique vite le barbu bonhomme qui, sans sembler hésiter un instant, choisit de… continuer simplement son chemin en nous gratifiant d’un immense sourire, puis d’un « Alors je vous souhaite un très bon voyage ! » Quelques secondes de grande joie pour lui comme pour nous ! (Et pour moi, aussi, l’espoir que telle preuve d’humanité et telle jubilation ne dépendent pas de la gueule du client mais de la satisfaction due au sabotage bien accompli.)

Petite virée entre amis sur une île pour quelques jours tranquilles, à l’écart du speed de la ville.

Pour y accéder, une seule possibilité : la traversée. Au fil des années, et surfant sur la vague touristique dont l’île est la cible, les compagnies maritimes ont nettement augmenté les tarifs et sécurisé l’accès aux embarcations.

Nos sens sont à l’affut des possibilités à explorer pour se faufiler entre les mailles du filet.

Notre première tentative de monter à bord sans ticket échoue sur le premier point de contrôle. On tente alors l’option discussion.

Je demande s’il existe des tarifs réduits pour les chômeurs. Ce à quoi les deux agents me répondent, le sourire en coin :

« Oh vous savez, la compagnie ne fait pas dans la philanthropie !… Mais des tarifs préférentiels pour les retraités où les étudiants, pour les riches, ça oui! »

Commence alors une discussion sur la volonté politique de trier la population qui vient passer du temps sur l’île. Sur les conséquences que cela crée dans les rapports entre les gens. Tout ces natifs de l’île qui doivent la quitter car les prix sont trop élevés pour eux. Toutes ces maisons qui poussent comme des champignons pour n’ouvrir leur volets que quelques semaines par an.

 

Mais avec tout ça il nous faut toujours un ticket pour monter à bord ! Et payer 20euros par personne pour 30 minutes de traversée ne nous enchante pas vraiment…

Une certaine complicité s’étant crée, je tente la question :

« -Et pour avoir le tarif étudiant, c’est nécessaire de montrer une carte ?

-C’est au guichet qu’ils demandent le justificatif, nous, ici, on ne fait que composter les tickets…On va pas commencer à vérifier ce qu’il y a d’écrit dessus non plus ! »

Une amie part donc chercher, armée de sa carte étudiante nos 3 tickets à tarif préférentiel au guichet.

Pendant ce temps, la discussion continue. Un troisième employé nous rejoint et ne semble -pas plus que les autres- trouver un réel développement personnel dans son travail. Ils échangent quelques phrases sur leur boulot et l’un d’eux me confie :

« -Mais tant qu’à faire, y a des tarifs moins chers que pour les étudiants. Pour les chiens par exemple… »

L’autre ajoute :

« -Et le prix des billets devrait même nous être entièrement reversé, à nous les employés, parce qu’on est obligés par le patron à passer après chaque traversée pour ramasser tous les poils qu’ils laissent sur les fauteuils, ces chiens de bourgeois.

-Autrement si vous connaissez quelqu’un sur l’île, vous pouvez aussi trafiquer avec sa carte pour avoir un tarif… Mais moi, je vous ai rien dit ! »

Le premier reprend :

« -Vous savez quoi ? J’ai lu une histoire dans un journal l’autre jour. Un type qui s’est fait contrôler dans le train avec 12 escargots dans une boîte. Il les ramenait dans sa classe pour les montrer à ses élèves… Le contrôleur, bien zélé, lui a fait payer 12 titres de transport pour animaux de compagnie !

-Y en a qui croient un peu trop à leur boulot quand même ! »

On rigole et on monte à bord avec nos trois tickets étudiants qu’ils nous compostent, le regard complice.

 

Une semaine plus tard, c’est le jour du retour. Un peu d’observation sur l’agitation de l’embarcadère. C’est à nouveau l’un d’eux qui contrôle les entrées. On se dit que cette fois, on va tenter de passer avec les billets animaux. Mais, en observant les tarifs, on découvre que celui « enfant de moins de 4 ans » est bien plus avantageux : deux fois moins cher qu’un chien . Sûrement parcequ’il ne laisse pas de poils partout…

On le tente : un ticket étudiant et deux tickets enfant.

De passage au compostage, l’employé regarde un peu plus nos tickets qu’il ne le fait pour les autres voyageurs… cela pour s’assurer que nous n’avons pas payé le plein tarif ! « C’est bon vous avez réussi à avoir un tarif préférentiel ! » On échange une petite blague au passage et nous voilà à bord pour 20 € à trois au lieu de 20€ par personne.

 

Les vagues nous emportent, le vent en pleine face. J’ai le sourire accroché au visage et le moral revigoré à l’idée de me dire que ces employés luttent au quotidien et à leur façon contre la volonté d’aseptiser cette île et sa population.

Ca fait tellement de bien aussi de voir des personnes qui ont gardé ce rapport clair à l’esprit que leur boulot n’est qu’un moyen de subsistance. Que le sens est à trouver ailleurs, dans d’autres aspects de la vie…

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