Tête dure et pied d’nez


C’est l’histoire d’un bus bloqué dans les embouteillages. A son bord, un chauffeur et cinq passagers (dont trois flics qui viennent de monter). Les trois uniformes profitent de la promenade motorisée dans la cité pour continuer leur charmant métier. Une patrouille dans la chaleur d’un bus, en plein hiver, ça ne se refuse pas.

Au coeur du bouchon, et comme toujours à l’affût, ils sortent leur calepin pour noter, de derrière la vitre, la plaque d’immatriculation d’un conducteur à verbaliser… Mais ce dernier capte la situation et ne souhaite pas se laisser faire sans réagir.  Il sort de son véhicule et, histoire de ne pas prendre une amende pour rien, se dirige vers la vitre du bus, frappe plusieurs coups aux carreaux et insulte allègrement les policiers, enfermés dans l’aquarium roulant. Ceux-ci, quelque peu énervés de cette arrogance inattendue, et souhaitant faire revenir force et autorité à la loi s’excitent sur le bouton d’ouverture des portes pour descendre. Ils interpellent le chauffeur:

-Bon, vous nous ouvrez?!

Ce à quoi il répond, en ayant capté l’enjeu de la situation:

-Désolé mais l’ouverture des portes ne se fait qu’aux arrêts…

La tension monte et les deux autres passagers échangent quelques sourires, amusés de voir ces garants de la loi, pris au piège de leur propre jeu et pour une fois enfermés sans les clés… contraints de voir filer sous leur nez la proie ayant osé les défier.

Un peu plus loin, le conducteur s’arrête à l’arrêt et ouvre les portes aux policiers ridiculisés. Il ajoute en jetant un petit regard amusé dans le rétroviseur:

-Maintenant vous pouvez descendre…

-Ça ne sert plus rien, on descendra au terminus!

Plus tard, on apprendra que ce jour ci, une vaste opération de collaboration entre la police et le réseau de transport (avec au total 300 agents réunis) avait permis le contrôle de plus de 12 000 personnes, la verbalisation d’un millier d’entre elles et l’arrestation d’une trentaine…

Était-ce une façon d’exprimer son avis sur ce genre de collaboration? En tout cas, un jour comme celui là sa position semblait clair, et son geste aura sans doute été utile à quelqu’un, ce qui ne gâche rien…

S’il peut donner des idées… !

 

Parmi la horde de tou-te-s ces infâmes contrôleurs-ses qui souvent même avec fierté et un endossement gerbant d’une bien médiocre autorité chassent le pauvre, le fraudeur, le sans papier entre les wagons des trains-trains, il m’est arrivé un beau jour de croiser un bien étrange spécimen.

Un uniforme gris comme les autres au centre duquel se dessinait un sourire inhabituel : pas celui qui se transforme en jaunisse ou en grimace lorsqu’on ne lui montre pas patte payée.

L’urluberlu qui ne fit pas j’en suis certain longue carrière dans ce boulot, passait de voitures en voitures à la vitesse de celui qu’y a autre chose à faire en chantant presque sa question : « Abonnement ? … Abonnement ? … Abonnement ? »…

Et sans attendre aucune réponse, poursuivait sa démonstration que son taf n’était qu’un gagne-pain dont il n’allait certainement pas se faire un devoir…

Une belle revanche pour des croûtes de pain …

C’était au temps où chaque été je partais en camp lutin (la section des mouvements de jeunesse pour les filles de 6 à 12 ans). C’était comme à la loterie, parfois tu tombais bien, parfois tu tombais mal, très mal. Les  « chefs » – et ouaip, c’est comme ça qu’on les appelait, les grands qui nous « animaient » (des jeunes entre 17 et 25 ans) –  étaient suivant les cas, une bande de bons copains, de bonnes copines avec qui il y avait franchement moyen de s’amuser et de se lier d’amitié. Parfois, c’était pas trop ça.  Ce dont je me souviens, comme une constante, c’est qu’il  y avait vraiment des trucs louches autour de la bouffe ; faut croire qu’ils avaient besoin d’assoir leur autorité en particulier sur ce truc là…

Déjà en arrivant, on devait vider notre sac pour leur montrer qu’on leur avait bien donné tous nos bonbons, histoire de les communiser. On trouvait ça vraiment zarbi, d’autant qu’on avait pas vraiment besoin d’eux pour les partager. En les espionnant le soir, on a vite compris que c’était surtout  eux qui les bouffaient. Nous on avait juste droit à un bonbon par jour, et encore, quand ils oubliaient pas. Du coup, on nous l’a pas fait deux fois ce coup là : au camp suivant, quelques unes d’entre nous avaient deux sachets de bonbons, l’officiel et … le clandestin. Ce dernier trouvait toujours des endroits saugrenus où se cacher : les faux plafonds, derrière la frigolite ; les gouttières (ce qui nous a valu un bon gros nid de guêpes. Mais on était unanime, on préférait encore donner nos bonbons aux guêpes, qu’aux chefs !)…

Mais c’est pas vraiment de cette histoire là que je voulais parler.

Je me souviens, j’avais 10 ans, j’étais donc parmi les plus grandes. Un soir ils nous avaient préparé des croque monsieur. Je sais pas comment vous faites vous, pour préparer les croques monsieur, moi j’enlève les croutes. Ça passe nettement mieux comme ça. Et bien pas eux ! Et ils ont exigés qu’on mange nos croûtes, les salauds ! Moi, je pense que je me suis exécutée sans trop de difficultés, en arrivant aussi à glisser l’un ou l’autre morceau dans mes poches. Certaines ont eu plus de mal, dont S. un bonne copine à moi (la sœur d’une amie lutin, la cousine d’une autre lutin, la cousine de la cousine d’une autre amie lutin, la copine de ma sœur aussi lutin, etc etc). Et on devait toutes la regarder manger ses croûtes ; elle ne pouvait évidemment pas quitter la table avant d’avoir ingurgité sa corvée, assise sur une table au milieu de la pièce où les autres tables, autour des quelles nous étions toutes, étaient disposées en U. ça a commencé à discuter fermement du côté des copines, cousines, sœurs, cousines de cousines, cousines de copines, etc etc. On a commencé à leur dire que c’était déguelasse, que c’était des nazis, qu’on le dirait à nos parents … Si bien qu’ils ont compris qu’un vent mauvais se levait ; ils ont décidé de changer de tactique.

« Allez, tout le monde met ses chaussures, c’est parti pour un cross nocturne ! » Si je me souviens bien, les plus petites, qui étaient déjà en larmes pour la plupart, ont pu aller se coucher directement sans passer par la case cross. En fait, elles étaient toutes à la fenêtre du dortoir qui était à l’étage en train de regarder ce qui se tramait dehors. De plus en plus en larmes. Je me souviens de ma petite sœur qui m’appelait à travers la vitre en pleurant ; je lisais sur ses lèvres sans l’entendre. Moi, j’étais trop vénère.  « non, j’suis pas fatiguée », « non, je mangerai ces saletés de croûtes de croque monsieur »  Et surtout, je ne pleurerai pas ! ça certainement pas !… ça a duré une éternité. Mais on était quand même bien soudées ; on s’encourageait l’une l’autre.

Tout ça pour des croûtes de pain, franchement encore aujourd’hui, j’ai jamais compris l’enjeu.

Finalement, on les a pas mangé ces croûtes. He He. On a rangé les assiettes, vidé les croûtes dans la poubelle. Je dis « on », les « récalcitrantes » évidemment : celles qui n’avaient pas laissé paraitre quoi que ce soit. Mais pour nous, la soirée n’était pas terminée. On a tenu un conciliabule à quelques unes pour préparer notre revanche…

Chacune avait un rôle bien précis ; ça allait se passer une ou deux nuits plus tard. Déjà, on devait rester éveiller jusqu’à ce que tous les chefs soient au lit et endormis. On était tellement excitées que ce ne fut pas bien compliqué. Deux copines faisaient le gué, pour nous alerter si l’un des chefs se réveillait ; deux étaient censées faire diversion en cas de réveil de ce genre, ou s’occuper des plus petites qui étaient aussi plutôt du genre à se réveiller la nuit  (ce qui arrivaient encore souvent, mais pas ce soir là ! ha ha). Les deux dernières devaient descendre les escaliers en bois sans faire grincer les marches ; aller jusqu’à la cuisine sans allumer la lumière (et le noir, ça fou quand même un peu la trouille) ; enlever toutes les étiquettes des boites de conserves et mélanger les boites, de telle manière que plus personne ne puisse s’y retrouver. On se l’est pas dit à l’époque, mais on les a attaqué sur leur terrain : la bouffe !

Le plan s’est déroulé sans encombre. La seule chose qu’on avait pas du tout prévue, c’était l’interrogatoire du lendemain. « Qui a fait cette connerie ? On veut un nom ! Si personne se dénonce, tout le monde sera puni ». Les plus petites, les pauvres, devaient de nouveau ravaler leurs larmes. Personne n’a moufeté, et pourtant ça a duré longtemps. Et j’ai plus aucun souvenir de la fameuse punition, qui a certainement dû tomber. Comme quoi, la vertu de la sanction, n’y croient que ceux qui l’infligent.

« Faut pas payer ! » annonce la programmation. Une pièce de théâtre qui porte ce nom, ça sonne comme une invitation… Surtout quand on sait qu’elle parle d’histoires réelles, vécues. De ces pratiques d’auto-réductions dans les années 1970 en Italie ou l’on se servait abondamment et collectivement sans se soucier de régler la note.

Léger faux pas pour ce théâtre bourgeois que de porter de telles affirmations ou bien est-ce de nouveau cette frontière dont ils se jouent et qui délimite si fortement le spectacle du réel ?

En tout cas, la curiosité invite à y faire un tour.

Nous voilà partis avec une amie en direction de ce théâtre dont nous ne connaissions pas même le nom.

Arrivés à destination, on est quelque peu interloqués par le ballet des navettes floquées du logo de la salle et qui déverse ses costard-cravates et autres tailleurs-à-talons venus s’encanailler à voir une pièce « engagée ».

Hé oui, qui dit quartier populaire dit forcément insécurité pour les porte-monnaies bien garnis (si seulement c’était vrai…) et on ne va pas faire prendre le risque au public chouchouté de se faire rayer leurs belles BMW. Ces navettes acheminent donc le public depuis les parkings surveillés du quartier.

Le décor est posé, et nous, on y fait un peu tâche…Mais bon, maintenant qu’on est là.

On se place dans la file pour entrer, armés de deux bouts de papier vite fait griffonnés pour l’occasion avec comme seule inscription « Faut pas payer… héhé ! ». L’employé à l’entrée déchire les tickets à 15€ qui nous précèdent et notre tour arrive.

On lui présente nos « auto-invitations ». Il les lit à voix haute et lève les yeux, interrogé.

– « Ben oui, faut pas payer ! » qu’on lui dit.

Il nous demande : « Un des chefs est au courant ?… »

-Ben non, pourquoi donc ?

A ce moment, ses lèvres se plissent et son regard vire malice.

-Ça…j’aime bien, moi ! Et bien allez-y, entrez et mettez vous à ces places, sur le côté.

Il nous montre du doigt, deux fauteuils vides dans la salle.

-Merci bien.

-Bon spectacle.

 

La salle est bien remplie et la pièce va commencer. L’ employé vient en notre direction et nous lance, au milieu des bourgeois entassés :

-Vous m’aviez demandé à avoir une meilleure place je crois…Si vous voulez bien me suivre.

Agréablement surpris de cette insolence jetée à la gueule de nos voisins proprets et honnêtes, on se lève pour l’accompagner.

-Voici deux fauteuils bien mieux placés… et passez une bonne soirée !

Un dernier regard complice et la lumière s’éteint pour laisser place au spectacle.

 

Pour une fois, le propos de ce spectacle aura trouvé un écho, même de façon très limitée, dans le pied-de-nez de cet employé à son rôle établi.

 

Depuis quelques mois, la station de métro Bockstael -comme toutes les autres stations bruxelloises- a subi l’installation de portiques qui filtrent les entrées et sorties des voyageurs. Mais avec la découverte -rapidement partagée- d’un bouton de sécurité, les portiques se retrouvent bien plus souvent ouverts que fermés. En poussant ce bouton, l’ensemble des portiques s’ouvrent instantanément et tout le monde peut entrer sans soucis. En poussant le bouton de sécurité, les gens résistent à cette logique de contrôle que la STIB (Société des Transports Intercommunaux de Bruxelles) veut nous imposer.

La STIB veut bien évidement éviter l’utilisation inventive et répandue de cette faille dans leur dispositif. Pour cela, une alarme a été installée dans le but de décourager les fraudeurs.

Ce soir là comme tous les autres, la grisaille et la tristesse du métro reflète la fatigue des passagers qu’il transporte, sur le retour du travail ou de l’école. Les sourires sont rares et les visages semblent épuisés de toutes les obligations que cette journée entraînait avec elle.

Comme chaque jour, à ma sortie de la station, les portiques sont tous ouverts et l’alarme de sécurité retentit dans les couloirs souterrains.

Au moment ou je passe les portiques, j’aperçois une personne relativement âgée, accroupie au niveau du système de sécurité.

Agaçé du bruit que cette alarme fait,  il prend les choses en main et décide de libérer la station de cet instrument de contrôle et de stigmatisation.

Armé d’une pince coupante, il jette des coups d’oeils autour de lui. Nos regards se croisent. Il semble gêné. Je lui souris et il reprend son activité. D’un geste, il coupe les câbles de l’alarme. Le silence tombe sur la station.

Finalement, un bien chouette fin de journée.

On est samedi, le soleil brille.

Je pars arpenter les rues piétonnes de la ville à la recherche d’un bout de trottoir où jouer quelques notes et déposer mon chapeau. Je trouve une devanture de magasin en rénovation et m’y installe.

Quelques personnes se laissent stopper par la mélodie et s’arrêtent pour écouter.

Bien vite, j’aperçois dans mon champ de vision deux grosses paires de « Rangers » noires qui s’approchent et les charmants uniformes qui les surplombent.

Je fais mine de ne pas les voir et d’être trop concentré sur ma musique pour les calculer. Ils se font de plus en plus pressants et sont maintenant à quelques centimètres de mon instrument. Les passants observent la situation avec attention, guettent ma réaction. Le temps semble suspendu.

-Monsieur…

La musique continue.

-MONSIEUR !

Je m’arrête et lève les yeux vers eux.

Pas de bol, ces deux têtes, je les connais…et c’est réciproque !

Pour la forme, l’un d’eux me demande :

-Est ce qu’on pourrait voir votre autorisation pour faire de la musique dans la rue ?

Pas même une semaine depuis notre dernière altercation pour les mêmes raisons. Je leur avais dit ce que j’en pensais de leurs autorisations et ça avait fini en contrôle d’identité avec une amende de 90€ à la clé, pour clôturer la rencontre en beauté. Ils m’avaient alors prévenu :

« Ca t’apprendras a faire le malin. Et si on te revoie, on t’embarque, toi et ton instrument. »

Me voilà donc, de nouveau, face à ces deux uniformes au regard bien énervés de me voir si vite revenu.

Je ne fais pas vraiment le malin. J’ai bien en tête qu’être embarqué signifie que mon instrument en ressorte possiblement avec quelques fausses notes… Contrairement aux autres fois ou j’essayais -sans succès- de faire un peu scandale pour faire réagir les passants, cette fois, je range mes affaires sans m’adresser à personne.

Mais à ma grande surprise, quelques personnes réagissent et refusent de continuer leur chemin. Trois d’entre elles commencent à faire chier les flics tandis qu’un autre prend mon chapeau et s’en va voir les badauds. Il leur explique la situation et leur demande un peu de soutien. Cette solidarité a le don d’énerver les deux agents et je sens de plus en plus que ça va mal finir pour moi…

Un des passants ayant capté la situation me souffle à l’oreille : « On va rester avec toi le temps qu’il faudra pour qu’ils partent »

Les flics, pour ne pas perdre totalement la face, me gratifient cette fois d’une amende majorée soi-disant de 150€…que je n’ai, à ce jour, jamais reçue !

Et puis, elle aura beau arriver…

Des maisons vides, c’est pas ce qui manque. Nous, on avait besoin d’un lieu où habiter alors, cette maison qui nous plaisait bien, et ben, on s’y est installés.

On n’avait pas comme objectif de « faire du lien avec le quartier » comme c’est parfois le cas dans les maisons qui s’ouvrent. Mais le lien, il s’est fait tout de même, avec quelques unes des voisines et voisins. Et, au fil des semaines, ça a donné lieu à de simples et belles rencontres.

Après quelques mois, une affiche placardée à notre porte annonce la mauvaise nouvelle : Expulsion imminente !

 

La veille, les flics sont entrés dans la maison d’à côté pour prendre des photos de l’arrière de notre habitation et ainsi préparer leur plan d’action du lendemain. Afin d’éviter les barricades qui protégeaient portes et fenêtres côté rue, la décision semblait être de passer par le jardin des voisins pour nous déloger.

Mais c’était sans compter sur le fait que nos discussions avec ces mêmes voisins et l’explication de la situation les aient décidés à ne pas répondre ni ouvrir le lendemain à la police.

Au lieu de ça, c’est même avec beaucoup de complicité qu’on a pu s’échapper par chez eux, le moment venu.

Quant à ceux habitants de l’autre côté, ils nous ont proposé de nous réfugier, nous et nos affaires pour quelques jours dans leur maison.

 

De beaux élans de solidarités face à l’État qui réchauffent toujours les cœurs dans de pareils moments.

 

L’histoire ne le dit pas mais, il paraîtrait même que policiers et huissiers aient éprouvés quelques difficultés à nous éjecter…

Travail de merde
Dans la boulangerie où je bosse, on sabote du pain avec les vendeuses.
Y a 6 caméras de surveillance mais on connaît les angles morts. On fait
des grosses formes dégueulasses et on se marre bien.
On fait en sorte que ça coûte un max de tune au patron. Voilà.

Les photos des oeuvres: www.perruk.tumblr.com

“hippopotame irradié”

12 kg de pâte à pain surgelé